Le studio

 

Le VCS3

Le VCS3

Le VCS3

 

C’est son premier synthétiseur. En 1967, Jean Michel Jarre troque une guitare et un magnétophone à bande Grundig contre cette version plus accessible du Moog modulaire inventé outre-Atlantique par Robert Moog – et popularisé par Walter, devenu Wandy Carlos sur l’album kubrickien Switched on Bach. Ce pionnier européen VSC3 a été conçu à Londres par Peter Zinovieff. Jarre part à sa rencontre. Et négocie l’objet 500 livres. « Il y a une innocence très poétique dans les premiers synthétiseurs. Cette vision technologique s’apparente à l’invention de l’hélicoptère dans l’aviation : irrationnelle, surréaliste, d’un futur qui s’invente encore.»

A l’époque, JMJ sort à peine du GRM (Groupe de recherches musicales) dirigé par Pierre Schaeffer. Il a 20 ans. Il est fasciné par cet enseignement de l’électro-acoustique, dont il compare le travail sur la matière à l’approche abstraite d’un Jackson Pollock en peinture. «Pierre Schaeffer m’a appris que la musique ne se réduisait pas à une suite d’harmonies, mais à des textures. Que la différence entre un bruit et un son était une histoire de geste.»

 

Le RMI

Le RMI

Le RMI

 

Sous le «Digisequencer Geiss», pièce unique commandée en 1978 à l’ingénieur Michel Geiss, le RMI serait l’un des premiers synthétiseurs à fréquences additives, nous apprend Jarre. En mettant des cales, comme des pinces à linge, il est possible de produire des boucles – en mode aléatoire ou non. Jean Michel Jarre s’est acheté la chose en 1975 avec les droits d’auteur des Mots bleus écrit pour Christophe. «C’est sur cet instrument que j’ai composé Oxygène.Contrairement à ce que faisaient Kraftwerk ou Tangerine Dream, j’étais obsédé que les sons ne sonnent jamais pareils.» L’instrument fait face à un Eminent 310, instrument hollandais caractéristique d’Oxygène, avec son système d’écho-delay repris sur bande, qui donne son côté spatial à Oxygène. Pourtant, nous dit JMJ, c’est un album fait pour «la biosphère plutôt que la stratosphère».

 

L'ARP 2500

L'ARP 2500

L’ARP 2500

 

Là encore, bonne chance pour s’y retrouver. Des fiches, des branchements. «L’intérêt d’un synthétiseur, dit Jean Michel Jarre, c’est de créer ses sons. Avant que ça ne devienne des cartes à sons, il n’y avait rien quand on les recevait. Cela les a coupés d’un public. Pourtant, ça se fait de manière intuitive, en rentrant dedans, en essayant. Au bout d’une heure, je suis sûr que vous arriveriez à quelque chose.» Merci du compliment. Mais ça ne répond toujours pas à la question : comment s’y retrouve-t-on ? «Pour ma part, je procédais avec des polaroïds pour mémoriser mes réglages.»

 

 

 

 

 

 

L'AKS

L'AKS

L’AKS

Trois espèces de valises «James Bond» font face à Jean Michel Jarre – une fois retourné, le couvercle fait office de clavier tactile. Elles sont plusieurs, parce qu’elles ne disposent pas de mémoire. Ces machines, qui ressemblent à des jeux de bataille navale avec leurs pions de couleur, n’accueillent chacune qu’un son programmé.

Actionnés à l’aide de gros curseurs, des sons d’avions et de vent en sortent comme des vagues. A nouveau, il est question de geste. «Comme un chorus de guitare, il n’y a pas là l’effet pattern de l’ordinateur. On le joue à la main. C’est ce qu’on a essayé depuis de faire avec une souris d’ordinateur. Mais l’intérêt de tous ces instruments est de provoquer des allers-retours entre la main et le cerveau.» Même pas besoin de parler d’héritage (Air, Sébastien Tellier, etc.) ou de l’échec du numérique à avoir inventé ses instruments, JMJ poursuit: «Comme tout jeune groupe de rock rêve de se procurer une Fender Telecaster d’origine, ces instruments sont revenus dès lors qu’on s’est aperçu qu’on n’avait pu les reproduire. Comme les Stradivarius vers lesquels on revient toujours quatre siècles après, il y a là un savoir-faire, un secret qu’on n’a pu retrouver.»

 

 

 

Le Mellotron

Le Mellotron

Le Mellotron

La bête pèse pas moins de 400 kg. Dessus, Moody Blues et autres Beatles ont commis quelques succès (Strawberry Fields Forever). A côté d’un Moog arraché une petite fortune (10 000 dollars) quand les Japonais débarquent avec leurs DX7, provoquant le déclin de Robert Moog, ce Mellotron peut être vu comme l’ancêtre du sampleur. Le principe : chaque touche déclenche un son préenregistré sur une bande – trois possibilités de son par touche, flûtes, etc. -, et la bande tourne encore sept secondes une fois la touche lâchée. Quand il en a fait le tour, Jean Michel Jarre a envoyé ses propres sons au fabricant pour qu’il les intègre à l’instrument. Ça, c’était bien avant que les Japonais du DX7 ne lui piquent ses sons. «Il n’y a pas de copyrights là-dessus.»

 

 

 

 

 

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