Jarre et la peinture

Jean-Michel Jarre est issu d’une famille d’artiste, et il n’y a rien d’étonnant qu’il ait été de tout temps possédé par les muses. Son nom évoque la musique mais Jarre est aussi un peintre. Ainsi il lui est arrivé de s’exprimer sur la peinture : « J’ai également toujours fait de la peinture et j’ai même hésité entre la peinture et la musique » (Courrier des Yvelines 1993). Dans ce même journal Jarre parle de ses deux passions artistiques comme si elles ne faisaient qu’une : « J’ai toujours considéré la musique comme le fait de peindre des paysages sonores dans lesquels les sons seraient des couleurs. C’est d’ailleurs ce qui m’intéresse beaucoup dans les instruments électroniques qui ne sont pas du tout froids et sans âme comme on pourrait l’imaginer, mais des instruments qui ont un pouvoir d’exécution particulier, exactement comme la palette d’un peintre où vous pouvez mélanger vos propres couleurs. Avec un synthétiseur et les instruments électroniques, vous avez pour la 1ère fois dans l’histoire de la musique, la possibilité pour un musicien d’être son propre luthier, c’est-à-dire pouvoir choisir ses propres couleurs, mêler un certain nombre d’éléments non pas en les imitant, mais en les évoquant. La musique, les arts en général sont des modes d’expression qui sont liés à l’illusion. »

Le jeune J.M. Jarre a donc hésité entre la peinture et la musique ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre les deux carrières l’une en amateur et l’autre en professionnel.

Tableau de Jarre extrait du livre de Remilleux
Tableau de Jarre extrait du livre de Remilleux

Les inspirations de JMJ pour la composition ne sont pas seulement des musiques, ce sont également les oeuvres de Soulages, Hartung, Granger et Yves Tanguy.

Granger est le peintre le plus connu des fans de JMJ car il a créé plusieurs pochettes de disques pour ce musicien. Jarre a rencontré Granger dans une exposition dans laquelle se trouvait « Oxygène », acrylique de Granger qui donna au musicien français l’idée du titre de son 1er album à succès. Jarre acheta l’oeuvre de Granger et obtint l’autorisation de l’utiliser.

Par la suite Michel Granger devint un des illustrateurs les plus connus au monde et son oeuvre fut reproduite à des millions d’exemplaires avec les pochettes d’Oxygène, Equinoxe, Rendez-Vous, Chronologie, Oxygène 7-13 et toutes leurs variantes (45 tours, cassettes…).

Les illustrations sont celles qui sont le plus reproduites dans le monde juste après De Vinci et Picasso !

On connaît moins Yves Tanguy qui selon Jarre a peint « les plus beaux paysages musicaux ». Ce peintre étasunien d’origine française a participé au mouvement surréaliste. L’univers lunaire de Tanguy rappelle les paysages particuliers de Dali. Son tableau le plus connu s’intitule « jour de lenteur » et il pourrait parfaitement illustrer Equinoxe ou Oxygène.

Jarre n’a pas seulement succombé au surréalisme il a aussi été séduit par l’abstraction lyrique, style qui privilégie les actes spontanés. Le représentant majeur de ce mouvement est le peintre français d’origine allemande Hartung. Ce peintre est un des favoris de JMJ et en arpentant les pièces de la maison de Jarre on peut admirer une grande toile d’Hartung faite de grandes taches noires sur fond bleu ciel. Mais il y aussi des Granger et des Soulages. Soulages est un peintre français qui se consacre uniquement à la matière de la peinture et à la lumière, tout en employant le noir. Jarre s’est exprimé sur Pierre Soulages dans Madame Figaro (mars 92) : « La peinture de Pierre Soulages m’a profondément marqué, elle a influencé mon rapport avec la lumière. Pour moi, Soulages ne peint pas avec du noir, mais avec de la lumière : ses noirs sont argent, bleus, bruns, dorés, l’opposé de la monochromie ».

Avec Soulages et Hartung Jarre se découvre une passion pour l’abstraction et ses oeuvres picturales seront largement inspirées par ces maîtres. Jarre a fait beaucoup de peinture abstraite. Pour lui trouver les couleurs, les mélanger, les poser sur une toile, c’est comme des sons qui deviennent des formes, des couleurs qu’il met en scène comme des personnages.

Vers 13 ans Jarre a vu l’exposition de Soulages au musée d’art moderne avec sa mère, il a trouvé un rythme musical dans ces « peintures sonores » et les quelques peintures que l’on pourra voir dans la biographie de Jarre par Remilleux refléteront tout à fait cette influence.

Dorénavant Jarre se consacre presque entièrement à la musique. Toutefois en 1992 on pouvait se procurer une reproduction d’un tableau de Jarre, que celui-ci avait peint pour une boîte de chocolat Poulain. Il ne serait pas surprenant qu’un jour Jarre reprenne ses pinceaux et laisse tomber ses claviers.

De 1993 à 1995 l’art pictural a carrément envahi les écrans des spectacles de JMJ. On se souvient encore des formes géométriques de Paul Klee et des lunes « humanisées » d’un graphiste italien des années 50 nommé Fornasetti.

Quel compositeur populaire peut se prévaloir d’une telle influence de la peinture dans son oeuvre musicale sinon Jean-Michel Jarre ?

Bibliographie :

  • Hartung, Bordas 1991.
  • – Les ateliers de Soulages, Albin Michel 1990
  • – Peintures de Jarre in « Jean-Michel Jarre par Jean-Louis Remilleux », Olivier Orban 1987.

 

Article paru en décembre 1998 dans Globe-Trotter n° 31

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